Je vous aime


Extraits des textes. 

Éditions Phot’œil. 1979

J’adore baiser mais surtout les baisers, pas les baisers mal faits, à la va-vite, n’importe comment….Il y a le premier baiser amoureux qu’on donne et qui glisse lentement, le baiser originel égaré comme une pierre de ruisseau et qui n’aspire qu’à rejoindre l’embouchure du fleuve. Ce baiser-là on le prend presque de force, secondes interminables où les dents improvisent un ballet et les langues se déroulent avec timidité. Baiser truqué-escamoté presque comme une leçon de conduite, baiser-souvenir, photo un peu floue et cette première main qui glisse sous un pull-over. Et puis il y a le baiser-parfum, l’escalade d’un cou jusqu’à l’oreille, les lèvres chercheuses dans une boite de nuit à deux heures du matin. Baisers puis baiser pour la première fois, confondre les deux mots…

Je suis fou du baiser-drive-in, dents blanches, haleine fraîche, compétition-plus c’est long plus c’est bon. On s’embrasse à la Télé à deux heures du soir, je suis au rendez-vous avec mes yeux-jumelles. Pauvres acteurs ringards maquillés, aux lèvres de plâtre, starlettes figées comme des automates, matrones aux relents d’ail, la France entière se roule des pelles par écran interposé….

Nos lèvres se meurent comme se perdent les baisers et les caresses. J’ai rêvé de baiser toute femme dans la rue, d’envelopper mes bras autour d’une inconnue, de goûter à des salives aventureuses, de glisser mes lèvres sur tes lèvres sans rien dire, sans rien penser. Si on est tous baisés qu’on me laisse au moins le temps, non pas de faire un bouche à bouche pour sauver l’humanité, mais de vous offrir quelques photos de baisers que mes lèvres ont baisées.