L'Été dernier, Manifeste photobiographique


Il était urgent qu’un manifeste vienne secouer les valeurs académiques de la belle image pour la belle image et proclamer bien haut qu’il n’est pas de photographie belle ou touchante qui ne porte pas la trace d’un investissement et d’une nécessité autobiographiques dans l’acte photographique même. Tout ce qui se passe aujourd’hui d’intéressant ou de neuf en photographie confirme qu’il est grand temps de revisiter nos histoires et nos esthétiques de la photo à partir de la prise en compte de cette dimension autobiographique sans laquelle les photos les plus formellement réussies ne sont jamais qu’images plates pour la galerie.

Ce manifeste n’est pas seulement une pétition de principe, il est aussi la mise en acte d’une conviction et d’une nécessité. Au cours de l’été 82, Gillles Mora et Claude Nori sont partis, l’un dans le sud des Etats-Unis, l’autre à Naples et Rimini, à la rencontre exaltante de leurs « épiphanies photographiques », de « ces accélérations du présent où s’engouffrent et se résolvent nos attentes, notre passé, nos nostalgies et nos désirs ».

Alain Bergala

 

Extraits

 

La photographie, à l’encontre de toutes les blagues à la mode, n’est pas liée à la mort mais bien au contraire, et fondamentalement, à la vie : la nôtre, celles des autres, toutes celles qui nous concernent et font que chaque instant, si nous n’y prenons garde, échappe constamment. La photographie constitue donc pour nous, et avant tout autre préalable, un amplificateur d’existence…

La photographie redoublera donc notre vie. Témoin biographique par essence, nous la ferons rebondir de toutes nos forces au cœur de notre projet autobiographique jusqu’à ne plus savoir s’il convient de vivre pour photographier ou l’inverse…

Une des garanties de l’épiphanie photobiographique, c’est la force de son résultat photographique, car elle est aussi une exigence de forme et de sens et non pas une simple décision de photographier sa vie…

Prêts à tout, même à la fiction, nous ne laisserons pas filer notre vie.

 

L’été dernier

Gilles Mora et Claude Nori

Écrit sur l’image

Collection dirigée par Alain Bergala et Gilles Delavaud

Éditions de l’Étoile. 1983