Une fille instantanée


Claude, photographe, rencontre Laura, photographe. Il est français, elle est américaine, ils ont de la vie et de l’amour une idée, une passion, un « œil » : celui qui voit vite et qui rend tout rapide, qui fait tout embrasser comme si cela devait être perdu à l’instant ; un œil qui braque et qui cadre en une fraction de seconde et qui « prend » tout. Cette idée (de la vie), cette passion (de tout ce qui se passe), cet embrassement (leurs cris d’amour quand ils s’aiment), voilà précisément le sujet de ce livre unique. Car, il est unique qu’un homme de photo – Claude Nori est l’un des plus perspicaces photographes de sa génération - qui vit ses amours en «  homme pressé», mitraillant, clichant, cadrant, courant de labo en expo, du Colorado à Rome, décide un jour d’écrire un roman d’amour, alors qu’il est photographe, et de parler de Laura, alors qu’il ne la verra plus, parce qu’elle est rentrée chez elle et que leur liaison n’a été qu’un feu merveilleux. Et il est unique aussi que d’emblée – un mouvement d’appareil comme un autre - un homme et une femme photographes, c’est -à- dire affairés de réel se soient ainsi retrouvés, comme si de rien n’était dans une affaire de fiction.

Ce livre est l’image aussi d’un bonheur qui dit tout, parce que c’est le récit d’une histoire d’amour vraie, racontée comme elle a été vécue, dans le temps et la couleur de sa durée, dans le tourbillon joyeux de la lumière et des corps. Une photo en somme. Un ex-voto d’amour adressé par un fou de français à une adorable jeune femme, à la Junta, Colorado.

 

Collection Fiction et Compagnie

Éditions du Seuil. 1981

 

En fait, Laura est un nom de substitution, derrière lequel j’ai volontairement préservé Donna Ferrato alors toute jeune photographe. Depuis Donna a fait du chemin et à imposé une œuvre  de grande envergure sur la violence imposée aux femmes, elle qui ne cherche en définitive que de parler d’amour. Ella  a été  lauréate du prestigieux prix Eugène Smith en même temps que Letizia Battaglia et obtenu aussi entre autres le Robert F. Kennedy Award for Humanistic Photography et le Kodak Crystal Eagle for Courage in Journalism.

Elle vit aujourd’hui à New York, à une fille Fanny, qui porte le même prénom que ma mère et  s’apprête à publier un nouveau livre dans l’ambiance du réalisme poétique français sur son quartier Tribeca.