Mes passions al dente

Mon livre Passions al dente est disponible dès le 12 décembre 2010  ( éditions Editalie).

On peut le commander directement chez l'éditeur au prix de 28 euros.

www.radici-press.net


                                               couv

 

 

Manger de la pastasciutta est une revendication, une certaine façon de se sentir un peu italien tout en affirmant un art de bien vivre et perpétuer une cuisine de tradition exprimant l'originalité ou le caractère particulier d'une région.
Dans chaque plat, on retrouve les gestes familiers d'une cuisinière anonyme penchée

sur ses fourneaux, d'une mère qui, consciencieusement, coupe, hache, parfume, mélange pour ses enfants ou son mari les ingrédients que lui ont légués ses propres parents et met en scène les petits secrets inventés au fil des jours pour le bonheur des autres. C'est cette cuisine saine et simple, mais qui demande attention et respect qui se pratique toujours en Italie dans les familles mais aussi dans les simples trattorias ou dans les restaurants plus réputés.

Pour moi, la préparation d'un plat de pâtes est un acte proustien, une invitation au voyage, un retour phénoménal vers la tendre enfance, vers les images heureuses de ma grand-mère et de mes parents, des moments qui, mis bout à bout, ont forgé ma personnalité et mon identité.

Au début, bien sûr, maman a dû mettre dans ma bouche une cuillère de pastina in brodo (un bouillon de petites pâtes) en soufflant doucement dessus pour les refroidir avant qu'elle ne me serve royalement un jour des papillons au beurre et au parmesan que je me suis empressé d'honorer par des gloussements de plaisir dont paraît-il, j'étais un virtuose. Puis, sont venus les premiers spaghettis à la sauce tomate préparés spécialement pour moi, sans ail, sans piment, sans persil pour ne pas effaroucher mes jeunes papilles encore trop tendres. Même si papa les avait coupés en petits morceaux, je me souviens encore de la bataille que j’ai dû livrer afin de les aspirer entre mes lèvres et j'ai toujours en mémoire les petites tâches de tomate qu'imprimait ma bouche sur la serviette de table.

Et puis un vendredi, (autrefois journée traditionnellement réservée au jeûne et à la consommation du poisson), j'eus droit aux barbares spaghettis aux anchois qui râpaient et piquaient la langue mais qui nous donnaient bonne conscience dans notre accomplissement de bons catholiques. Ensuite, vinrent les lasagne verdi au four qui ressemblaient à des gâteaux et que mon père préparait chaque jour pour le restaurant. Il s'agissait d'une véritable pièce montée, une tour de Babel aux couleurs de l'Italie, vert, blanc et rouge répétées à l'infini, une succession de couches superposées épaisses et fermes de pâte aux épinards, de béchamel onctueuse, de sauce bolognaise et de parmesan. Je n'ai jamais retrouvé chez mes amis ou dans les restaurants le plaisir unique de croquer à pleines dents ce plat merveilleux, al dente et moelleux, que sans aucun doute la nostalgie a mystifié. Je me suis en tout cas interdit de le cuisiner moi-même pour en préserver le souvenir intact.

Il y eut par la suite le risotto à la saucisse de Toulouse que ma grand-mère préparait pour toute la famille avec de la cannelle, du vin rouge, du bouillon de viande, du beurre et beaucoup de parmesan. Elle le tassait dans une grande timbale puis le démoulait dans une assiette afin qu'il prenne une forme parfaite et arrondie que je de démolissait à chaque coup de fourchette comme les châteaux de sable sur la plage.

Tous les matins, la cafetière avec le petit homme noir se mettait à siffler et du plus profond de  ses entrailles, l’Italie commençait à bouillonner avant de distiller dans la cuisine ce parfum inimitable d’arabica, de robusta et d’enfance heureuse. Il caffé e pronto !, j’entends  encore la voix de maman  et je perçois nettement la petite tasse en faïence qu’elle déposait délicatement au pied de mon lit pour me réveiller.

Le dimanche, je traînais au lit comme les adolescents bien portants, les oreilles encore bourdonnantes, la tête embuée d’alcool, une forte odeur de fumée de cigarettes qui collait à mes cheveux et des visages de filles qui me souriaient en dansant le jerk ou en me regardant avec curiosité sur le tempo lent d’un slow. C’est alors que de la cuisine me parvenaient les bruits à répétition d’un couteau tranchant qui s’abattait sur la planche en bois pour couper l’ail et les oignons, ciseler le persil ou trancher d’un coup sec une volaille. Puis, s’échappaient des parfums, des odeurs, des mélanges subtils et je savais alors ce que papa mijotait pour le midi : un rosbif, des cèpes à la bordelaise, du magret de canard, un risotto, des lasagnes verdi au four.  Parce que quoi qu’il arrive, mon père qui travaillait tous les jours au restaurant ne pouvait s’empêcher même le jour du Seigneur de se livrer à sa passion favorite : cuisiner et faire plaisir.

En faisant ce livre, j’ai voulu leur rendre hommage et retrouver autant de joie dans son élaboration que dans la satisfaction de transmettre un peu de cette passion adente qu’ils m’ont inculqués et que d’autres gourmandes et gourmands joyeux ont activés sans cesse.  


Pour commander le livre : 28 euros

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