Contrejour. UNE AFFIRMATION FRANCAISE. ARLES JUILLET-AOUT 2012

Claude Nori devant la galerie Contrejour, 1976.

 

Cette exposition est consacrée à l’aventure éditoriale de Contrejour qui dans les années 70 bouleversa le paysage éditorial porté par le mouvement d’une nouvelle photographie, qui s’affirmait spontanée, anticonformiste, et engagée  et proposait de jeter les bases d’un véritable langage autonome.

Elle rend aussi hommage à son fondateur Claude Nori, photographe lui-même qui sur près de quinze ans, à travers plus de 150 publications, livres, magazines, revues,  permit à de nombreux auteurs alors inconnus de publier leurs premiers livres ou monographies, contribuant ainsi à façonner la photographie d’auteur, telle que nous la concevons aujourd’hui.  

 

«En 1975, juste après mon époque psychédélique, j’avais réalisé la maquette d’un livre  « Lunettes » préfacé par Agnès Varda et dans un paysage éditorial désertique ne trouvant pas d’éditeur, je décidais de le publier moi-même  comme le firent Ralph Gibson et Leslie Krims aux Etats-Unis ou Jean Dieuzaide qui venait de sortir à compte d’auteur son ouvrage « Mon aventure avec le Brai » depuis Toulouse ma ville natale. Contacté alors par de nombreux photographes et reporters de ma génération qui cherchaient à s’exprimer en montrant leurs images, poussé par leur énergie et leur enthousiasme se mit à germer en moi l’idée d’un journal anticonformiste puis d’une maison d’édition qui donnerait la parole et la visibilité.à tous ces auteurs qui avaient décidé de faire de la photographie une véritable philosophie de la vie et une façon nouvelle de faire de l’art.  Contrejour est né de ce désir plus fort que tout, de tous ces talents qui ne demandaient qu’à être révélés.»

Claude Nori

 

Alors que n’existait aucune tradition critique, dans un quasi désert institutionnel, cette génération de photographes en recherche d’identité brassa les idées de leur époque, jeta des ponts avec le cinéma et la littérature, tourna le dos au photojournalisme traditionnel, produit dans un élan spontané un art libérateur plus proche des gens qui trouva grâce au livre un espace de création original et un moyen de diffusion à grande échelle. Influencée par le dynamisme de la photographie américaine, cette nouvelle photographie (que l’on nomma Photographie créative, Photo  actuelle ou Photographie d’auteur) s’affirma en France puis dans toute l’Europe comme un mouvement bien décidé à secouer et provoquer le regard  par des images décalées révélant une réalité et des fantasmes que les idéaux de Mai 68 avaient semés.

Contrejour implanté à Montparnasse devint rapidement une plaque tournante et assura la diffusion des idées et des débats autour de la photographie d’auteur avant que les institutions et le marché de la photographie ne s’organisent. Le journal Contrejour, fanzine underground et provocateur, avec son incontournable rubrique « Dégrafez vos paupières » accueillit dans ses pages les écrits de critiques et historiens comme Arnaud Class, Bernard Perrine, Carole Naggar, André Laude ou Jean-Claude Gautrand.  Il fut bientôt suivi de Caméra International  créé avec Gabriel Bauret et les Cahiers de la Photographie avec Gilles Mora.,

Claude Nori, entouré d’une équipe de professionnels se démena sans cesse pour  assurer aux auteurs une visibilité maximum, organisa des expositions et des événements pour accompagner les ouvrages, joua un rôle d’agitateur culturel indiscutable pour  imposer cette nouvelle photographie en devenir. La renommée  de Contrejour culmina avec Photographie Actuelle en France, ouvrage collectif de 80 photographes pour la plupart jamais publiés, La Photographie Française des origines à nos jours, premier du genre sorti en 1979 et traduit en plusieurs langues, Le Voyage Mexicain de Bernard Plossu et enfin Trois secondes d’éternité de Robert Doisneau conçu par Maurice Coriat qui remit les photographes humanistes sur le devant de la scène.

L’exposition restituera l’ambiance particulière de cette époque de fraîcheur et de découverte où tout semblait permis et possible,  situera le contexte dans lequel Contrejour a été crée, mettra en valeur les principales publications sur près de vingt ans et présentera les photographies des auteurs qui comptèrent dans l’histoire de Contrejour. :

Bernard Plossu, Guy le Querrec, Mario Giacomelli, Luigi Ghirri, Anders Petersen, Jeanloup Sieff, Gilles Peress, Robert Doisneau, Edouard Boubat, Willy Ronis,Marc Garanger, Sebastia Salgado pour ne citer qu’eux.

L’exposition sera reprise à la  Maison Européenne de la Photographie à Paris en septembre, octobre 2012.