Toi et moi


Extraits de  La petite musique du bonheur,

À propos des photographies de Claude Nori

Depuis que je connais les photographies de Claude Nori, je suis frappé par l’impression de bonheur qui s’en dégage. Mais est-il bien décent de le dire ? «  qui parle du bonheur a souvent les yeux tristes », écrivait Aragon. Évoquer le bonheur ne serait-il acceptable que si l’on ajoute aussitôt ne pas être heureux ? Le bonheur au présent est mal vu…

À tel point que ceux qui se sentent heureux sans éprouver de culpabilité devraient avoir honte ! Mais ne serait-ce pas d’abord parce que le bonheur fait peur…

Claude Nori s’engage donc sur la voie de l’exploration des couples que nous constituons tout au long de notre existence et qui sont autant de variations mélodiques sur le thème de « l’être ensemble » : la mère et son bébé bien sûr- la fameuse dyade primitive des psychiatres d’enfants-, mais aussi frères et sœurs, amant et amante, mari et femme, enfant et parents…

Le bonheur a la particularité, comme la photographie, d’envelopper la durée dans une continuité sans rupture. Alors que le mot de plaisir est aussitôt évocateur d’une excitation et celui de jouissance d’une rupture-la fameuse «  petite mort » -, on  parle volontiers de «  nager dans le bonheur ». Le cadrage des images de Nori, pudique et réservé, respecte la distance qui crée cette illusion.

 

Toi et moi

Préface de Serge Tisseron

Éditions En Vues. 1999